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HumainDécouverte8 min de lecture

Quels profils recruter pour l'observabilité ?

Cinq profils qui font vivre l'observabilité : ingénieur observabilité, SRE, ingénieur plateforme, observabilité de l'IA, référent FinOps de la télémétrie. Leurs missions, ce qui les distingue, les compétences attendues par niveau et le bon nombre de postes selon la taille de l'équipe.

Pour : managers d’équipe · direction et DSI · ingénieurs et SREPrérequis : Aucun. Les termes techniques sont expliqués au fil de la page.

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Scénario illustratif. Une entreprise publie une offre d’« ingénieur observabilité ». La fiche liste quinze outils, de Prometheus à Kubernetes en passant par trois éditeurs. Trois mois plus tard, la personne recrutée maîtrise ces outils mais passe ses journées à répondre aux incidents, parce que c’est le vrai problème de l’équipe : personne ne répond de la fiabilité du service de paiement. L’entreprise cherchait un SRE et l’ignorait.

Cette page décrit cinq profils, ce qui les distingue et ce qu’on attend d’eux à chaque niveau. Elle ouvre une série sur le recrutement : écrire la fiche de poste, conduire l’entretien et réussir les 90 premiers jours. Le générateur de fiche de poste assemble le tout pour un contexte donné.

Avant de choisir un intitulé, écrivez en une phrase le problème que la personne recrutée doit résoudre. Quelques exemples :

  • « Nos équipes ne savent pas pourquoi une requête est lente : il manque des traces et personne ne sait les lire. »
  • « Nos incidents durent trop longtemps et personne ne répond de la fiabilité du paiement. »
  • « Nos équipes produit montent chacune leur propre supervision ; on paie trois outils et aucun n’est bien tenu. »
  • « Nos assistants d’IA répondent mal certains jours et nous ne savons pas le mesurer. »
  • « La facture de télémétrie a doublé en un an sans que personne sache pourquoi. »

Chacune de ces phrases appelle un profil différent. Le tableau qui suit fait la correspondance.

ProfilLe problème qu’il résoutCe qu’il livreCe qu’il n’est pas
Ingénieur observabilitéles équipes ne voient pas ce qui se passe dans leurs servicesl’instrumentation, la chaîne de collecte, les tableaux de bord et les alertes de référence, la formation des équipesla personne qui répond à tous les incidents
SRE (ingénieur de fiabilité)personne ne répond de la fiabilité d’un servicedes objectifs de fiabilité (SLO), une astreinte qui tient, des post-mortems qui produisent des actions, l’automatisation des tâches répétitivesun administrateur système renommé
Ingénieur plateformechaque équipe réinvente son outillageune plateforme interne en libre-service (déploiement, observabilité, sécurité) traitée comme un produitune équipe qui fait le travail des autres à leur place
Ingénieur observabilité de l’IAla qualité des réponses d’un modèle n’est pas mesuréele traçage des appels aux modèles, les évaluations de qualité, le suivi du coût par requêteun data scientist qui entraîne des modèles
Référent FinOps de la télémétriele coût de l’observabilité dérive sans explicationun suivi du coût par équipe et par signal, des règles de rétention et d’échantillonnage, un rapport mensuelun contrôleur de gestion

Le SRE vient du livre de Google Site Reliability Engineering, qui le définit comme ce qui arrive quand on confie l’exploitation à des ingénieurs logiciels. L’ingénierie de plateforme a sa propre définition dans le livre blanc de la CNCF sur les plateformes. Les trois autres intitulés n’ont pas de référence officielle : ils décrivent des besoins qu’on voit apparaître dans les offres d’emploi, avec des contours qui varient d’une entreprise à l’autre.

Il rend les services lisibles. Il choisit et maintient la chaîne de collecte, souvent autour d’OpenTelemetry : les SDK dans les applications, le Collector au milieu, le stockage au bout. Il écrit les conventions de nommage, les tableaux de bord de référence et les alertes de base que chaque équipe reprend. Une grande partie de son travail est pédagogique : apprendre aux équipes à instrumenter leur code et à lire une trace.

Le signe qu’il réussit : les équipes produit diagnostiquent seules leurs incidents, sans l’appeler.

Il répond de la fiabilité d’un ou de plusieurs services. Il négocie avec le produit un objectif de fiabilité (un SLO, par exemple « 99,5 % des paiements aboutissent en moins de deux secondes ») et le budget d’erreur qui en découle, la marge d’échec qu’on s’autorise. Il tient ou organise l’astreinte, anime les post-mortems et réduit le travail répétitif. L’observabilité est son outil principal, pas son livrable.

Le signe qu’il réussit : les incidents se raréfient, durent moins longtemps et ceux qui restent apprennent quelque chose à l’équipe. Voir une astreinte soutenable et le post-mortem sans blâme.

Il construit le chemin que les équipes produit empruntent pour déployer et exploiter leurs services : modèles de projet, pipelines, environnements, observabilité intégrée par défaut. Il traite cette plateforme comme un produit, avec des utilisateurs (les développeurs), une feuille de route et une mesure de l’adoption.

Le signe qu’il réussit : un nouveau service arrive en production instrumenté, sans que personne ait eu à y penser.

Il mesure ce que les métriques classiques ne voient pas : une réponse fausse renvoyée en 200 millisecondes avec un code de succès. Il trace les appels aux modèles (les conventions GenAI d’OpenTelemetry y servent, voir observer un LLM, un RAG et MCP), met en place des évaluations de qualité et suit le coût par requête. Il travaille avec les équipes qui conçoivent les assistants et avec celles qui les exploitent.

Le signe qu’il réussit : une baisse de qualité est détectée avant que les utilisateurs ne s’en plaignent. Le guide de l’observabilité de l’IA détaille le métier.

Il rend le coût de l’observabilité lisible et pilotable. Il relie la facture aux équipes et aux signaux, repère les métriques qui explosent (voir qui fait grossir la facture), fixe des règles de rétention et d’échantillonnage. C’est rarement un poste à temps plein : souvent une mission confiée à un ingénieur observabilité ou à un SRE, en lien avec l’équipe FinOps de l’entreprise.

Le signe qu’il réussit : la finance et les ingénieurs lisent le même rapport mensuel et décident ensemble.

Les intitulés « junior », « confirmé » et « senior » recouvrent des réalités très différentes d’une entreprise à l’autre. Je recommande de les définir par le périmètre de décision plutôt que par les années d’expérience.

DomaineJunior : appliqueConfirmé : conçoit pour son équipeSenior : fixe les règles pour plusieurs équipes
Instrumentationajoute des métriques et des spans en suivant les conventionschoisit quoi instrumenter dans un service et écrit les conventions de l’équipedéfinit les conventions communes et les fait adopter
Collecte et stockagedéploie un Collector à partir d’un modèledimensionne la chaîne, règle l’échantillonnage et la cardinalitéarbitre entre architectures, éditeurs et coûts sur plusieurs années
Alertes et SLOrépond à une alerte en suivant la procédureécrit des alertes sur les symptômes et des SLO avec le produitfixe la politique d’alerte et de budget d’erreur de l’entreprise
Incidentsparticipe à la réponse, rédige la chronologiecoordonne un incident, anime le post-mortemaméliore le processus d’incident et forme les coordinateurs
Diagnosticlit une trace, un tableau de bord, des logsrelie les trois signaux pour trouver une causediagnostique des problèmes qui traversent plusieurs systèmes
Communicationexplique ce qu’il a faitforme son équipe, écrit une documentation que d’autres suiventconvainc des équipes qui ne dépendent pas de lui, parle à la direction et à la finance

La dernière ligne compte autant que les autres. Un ingénieur observabilité qui ne sait pas faire adopter ses conventions produit des tableaux de bord que personne n’ouvre.

Le nombre de postes dépend de la taille de l’organisation et de son modèle d’équipe. Les repères ci-dessous sont indicatifs, à ajuster selon la criticité des services.

Taille de l’organisation techniqueCe qui fonctionne souvent
moins de 50 ingénieursun poste qui couvre l’outillage et la fiabilité, avec une astreinte partagée par les développeurs
50 à 200 ingénieursune petite équipe plateforme qui porte l’observabilité, des SRE rattachés aux services les plus critiques
plus de 200 ingénieursune équipe observabilité distincte, des SRE par domaine, un référent FinOps de la télémétrie, un profil observabilité de l’IA si des assistants sont en production

Le piège le plus fréquent est le poste unique qui cumule tout : construire l’outillage, tenir l’astreinte de tous les services et répondre aux questions de la finance. L’urgence gagne toujours ; l’outillage n’avance plus.

Le marché de ces profils reste tendu. Avant d’ouvrir un poste, regardez qui pourrait l’occuper en interne. Un administrateur système qui connaît vingt ans d’historique du système d’information, formé à OpenTelemetry et aux SLO, devient souvent un SRE plus utile qu’un recrutement externe. Un développeur qui a instrumenté son propre service est souvent le meilleur ingénieur observabilité possible : il connaît la douleur de l’autre côté.

La leçon 5 du parcours DSI décrit les profils types d’une équipe d’exploitation et les trajectoires qui fonctionnent pour chacun.